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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 10:00

Méditation – Jeudi Saint 2020 – Rochefort

 

"Jésus sachant que le Père avait tout remis entre ses mains…" Lors de son dernier repas avec ses disciples juste avant sa Passion, le Seigneur Jésus a toutes les cartes en main, tous les atouts ; alors, que va-t-il jouer ? Est-ce qu'il va sortir l'As ? Va-t-il jouer le Roi ? Non, il joue le Valet et il prend un linge. Il s'en ceint pour laver les pieds de ses disciples. Le mystère de ce jour est celui d'un Dieu qui s'abaisse… Quel mystère, chers amis, un mystère qui n'aura pas fini de nous étonner !

 

L'évangile d'aujourd'hui nous présente donc les disciples réunis autour du Christ. En réalité, c'est son désir permanent. A chaque instant, il souhaite demeurer avec les siens, leur offrir tout son amour, sa paix, sa joie et sa miséricorde. Et c'est au nom de cet amour que Jésus va accomplir un geste tellement important. Il s'agenouille devant ses disciples pour leur laver les pieds. Ce geste - ô combien diaconal - était fréquent chez les Juifs car il y avait beaucoup de poussière sur les chemins. En temps ordinaire, un serviteur se mettait à la disposition du visiteur pour accomplir cette tâche. Ce qui est nouveau dans cet évangile, c'est que Jésus lui-même se fait serviteur. Nous comprenons alors l'étonnement de Pierre et son refus. Impossible, pense l'Apôtre, que le Saint de Dieu s'abaisse jusqu'à prendre la place du dernier des serviteurs ! Ne devrait-il pas plutôt jouer la carte du Roi et user de sa force d'As de Dieu ? Pourquoi donc le Valet ? Pour être en communion d'amour avec le Christ, nous devons accueillir le témoignage qu'il nous laisse. Et, plus fondamentalement, nous sommes invités, comme tout disciple, à poser ce geste à notre tour.

 

La leçon est donc évidente ; elle est d'ailleurs explicitée sous la forme d'un précepte (et même d'une institution) : "si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres". Le geste symbolique du lavement des pieds est signe de la charité fraternelle qui doit régner entre les disciples. Plus profondément, ce geste nous dit non seulement ce que Jésus fait pour nous, mais encore ce que Dieu est pour nous, à savoir un Dieu-Serviteur. Il nous révèle également que le sens de notre vie ne s'éclairera que dans la mesure où nous la mettons concrètement à la disposition des autres, à leur service, à l'exemple du Seigneur. La dimension fraternelle, sociale, de l'appartenance au Christ apparaît ici dans toute son exigence, mais toujours fondée sur la relation d'intimité avec le Maître. C'est en lui, et en lui seul, que nous pouvons puiser la force d'offrir nos vies au service de nos frères et sœurs, dans la liberté de l'amour.

 

Dans notre monde, l'homme court beaucoup après les honneurs, le prestige, le pouvoir. On se débarrasse parfois même de ceux qui font obstacle ou qui gênent. L'évangile du Jeudi Saint nous invite à prendre le contre-pied de cette orientation. C'est un commandement de Dieu lui-même. Se laver les pieds les uns les autres, c'est être au service des plus faibles, des malades, des personnes sans défense. C'est une nouvelle façon de vivre et d'aimer. C'est tout un programme, tout un beau programme !

 

Ainsi, nous le voyons, le Christ lui-même, en enseignant ses apôtres, leur parle de cette longue histoire où Dieu n'a qu'une seule envie, c'est d'aimer l'homme et de le servir. Il nous invite à notre tour à prendre la tenue de service, à nouer le tablier, à nous agenouiller devant nos frères et sœurs pour les aider à grandir, à se relever, à ressusciter.

 

Demandons donc au Seigneur Jésus de nous placer dans cet esprit d'amour et de service afin de transformer le monde autour de nous. A l'image du Christ, puissions-nous, chacun selon sa vocation propre, dire à nos contemporains : "Je suis au milieu de vous comme celui qui sert" (Lc 22,27).

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